L’agriculture suisse doit dialoguer pour assurer son avenir

Bern, 30.11.2017 - Ouverture officielle du Salon Gouts et Terroirs à Bulle - Discours du conseiller fédéral Johann N. Schneider-Ammann, chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche.

La version orale fait foi

 

Rien de mieux que la nourriture pour raviver des souvenirs qui nous sont chers.
Nous le connaissons tous, ce sentiment :
on goûte un bon repas, on sent son parfum familier et on se retrouve transporté des années dans le passé.

Pour ma part, quand je hume un bon pain croustillant et que je l’accompagne d’un bon morceau de fromage, je me revois au sommet de nos montagnes après un long effort.

Je suis donc particulièrement heureux d’être aujourd’hui avec vous, pour visiter ce Salon des Goûts et Terroirs.

Il ne permet pas seulement de revivre des expériences culinaires passées.
Il invite à de nouvelles découvertes gastronomiques et contribue ainsi à rendre notre vie plus riche, plus authentique et certainement plus savoureuse.

Les produits présentés enrichissent notre culture et ils créent un lien entre producteurs et consommateurs.
Et cela compte de plus en plus.
Le succès de Gouts et Terroirs en est la preuve.

Je remercie les organisateurs pour les efforts qu’ils consacrent à tous ceux qui aiment les saveurs vraies.

Votre contribution va bien au-delà de la simple gastronomie et de l’amitié.
Vous êtes aussi la vitrine de la qualité de nos produits agricoles et de l’inventivité dont le secteur fait preuve.

Grâce à vous, nos paysans peuvent trouver de nouveaux débouchés pour leur production et les distributeurs de nouveaux produits de qualité. Que ce soit ici où à l’étranger.

Oui, je sais :
le monde paysan est inquiet pour son avenir et le fait savoir.

Je le comprends. Mais l’inquiétude est sans doute la chose la mieux partagée qui soit dans ce monde en plein bouleversement. Tout le monde  doit se remettre en question.

Prenons l’exemple de la digitalisation. Elle est sur le point de chambouler nos habitudes dans tous les domaines. 
Au même titre que la vapeur et l’électricité par le passé,
elle transforme les relations économiques, sociales et politiques aujourd’hui.

Notre mission est claire :
nous devons constamment renégocier notre contrat social en tenant compte des intérêts de chacun.

La Suisse est sans doute un des Etats les mieux armés pour relever ce défi.

Nous avons su développer au cours de notre histoire les instruments politiques pour la gérer au plus près des intérêts de nos citoyens.

L’instrument principal est sans aucun doute le dialogue.
Quand je dirigeais mon entreprise, quand j’étais le patron de Swismem, ma porte était toujours ouverte pour les représentants syndicaux.

Ce credo, je le maintiens aussi au Conseil fédéral.

Quand l’Union suisse des paysans a déposé son initiative sur la sécurité alimentaire,
j’ai tout de suite proposé une solution de compromis.

Nous avons dû finalement renoncer à ce premier contre-projet.
La consultation a montré que cette idée n’était pas mûre.

Mais le parlement a pu construire là-dessus et proposer sa solution. Solution qui a été adoptée par le peuple et les cantons avec plus de 78% de oui.

Autrement dit, l’article constitutionnel sur la sécurité alimentaire est le résultat d’un compromis typiquement suisse, issu d’un dialogue.
Personne n’a un monopole d’interprétation sur cet article.
Et surtout personne n’a le droit de dire qu’il marque la fin de toute discussion sur l’avenir de notre secteur agricole comme certains se croient en droit de le faire.

Mesdames et Messieurs,

En publiant sa vue d’ensemble sur l’avenir de notre politique agricole,
le Conseil fédéral a ouvert la discussion.

Nous devons discuter comment soutenir l’agriculture et le secteur agroalimentaire pour qu’ils répondent encore mieux qu’aujourd’hui aux attentes des consommateurs et soient moins dépendants de la Confédération.

Nous devons réfléchir comment nous pouvons donner une plus grande liberté d’action à ces secteurs pour qu’ils puissent exploiter ces potentiels.

Cela signifie aussi débattre de comment donner plus de responsabilités à l’exploitant et de déterminer quelles sont celles de l’Etat.

Nous devons discuter comment mieux utiliser les ressources nécessaires à l’agriculture et préserver ainsi notre environnement. La société le demande.

Enfin, nous devons savoir comment l’agriculture et le secteur agroalimentaire peuvent mieux s’imposer sur des marchés plus ouverts et pouvoir mieux tirer parti des potentiels d’exportation.

Cette vue d’ensemble sur la politique agricole est le début d’un processus politique qui vise à concilier les intérêts de nos paysans et ceux de tous les autres secteurs de notre économie. Et j’insiste sur le mot « concilier » !

Ce dialogue doit avoir lieu si nous voulons assurer l’avenir de notre prospérité,
de nos places de travail et de nos jeunes.
Refuser le dialogue, c’est refuser les principes qui ont fait le succès de notre pays. C’est se priver de la possibilité de participer de façon constructive à l’avenir du pays. Les paysans seraient les premiers perdants.
J’invite donc les organisations agricoles à renouer le dialogue.

Nos paysans sont courageux et j’admire ce courage.
Lorsque je visite des fermes, je constate aussi à quel point ils sont inventifs.
Il n’y a pratiquement pas une exploitation que j’ai eu l’occasion de voir, qui n’expérimente pas une nouvelle idée.

J’ai vu beaucoup de projets, du plus modeste au plus ambitieux.

Une partie de ces idées sont aussi visibles dans ce Salon des Goûts et Terroirs.

C’est une des raisons de l’importance toute particulière que revêt cette manifestation à mes yeux. C’est pourquoi j’ai tenu à être parmi vous. Les produits qui se distinguent par leur origine, leur goût, leur mode de production, ont leur chance par rapport aux produits concurrents.

Ils ont du sens pour les familles qui sont engagées dans ces filières de production et ils font leur fierté.

Mesdames et Messieurs,

Nous discutons de sécurité alimentaire dans une situation privilégiée.
La faim n’est pas un thème en Suisse.
Nous nous disputons sur des questions de qualité ou de gaspillage.

Tout le monde ne jouit pas d’une situation si favorable.

Dans le reste du monde, plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim et près de 2 milliard sont sous-alimentées.

Pour ces populations, l’odeur de nourriture ne rappelle pas des souvenirs d’enfance, d’amitié ou d’harmonie.
Elle rappelle un quotidien d’urgence, de crainte et de souffrance.
Elle rappelle le regard de ces enfants qu’on n’arrive pas à rassasier.

En 2050, nous devrons nourrir 10 milliards de personnes sur la planète.
C’est un défi immense dont nous devrons aussi tenir compte lors des discussions sur l’avenir de notre agriculture.

C’est ici que la question de la sécurité alimentaire prend tout son sens.

Je suis donc particulièrement heureux d’accueillir aujourd’hui parmi nous Mme Maria Helena SEMEDO, directrice-générale adjointe de la FAO, l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

La Suisse collabore depuis plus de 70 ans étroitement avec la FAO pour une agriculture et des systèmes alimentaires durables.

Nous nous engageons en particulier afin de renforcer l’innovation, telle que la digitalisation aussi bien ici pour l’agriculture suisse que sur le reste de la planète.
Les nouvelles technologies offrent de nouvelles chances à tous les producteurs de la terre.

Nous savons tous que c’est un objectif ambitieux.
Mais ensemble, nous pouvons être la génération FAIM ZERO.
Notre présence conjointe Suisse-FAO, ici à Bulle, est le témoignage de cet engagement.

Je remercie le Salon Gouts et Terroirs de nous fournir l’occasion de témoigner de cette ambition.

Je vous remercie tous pour votre engagement à faire vivre nos traditions de discussions ouvertes qui débouchent sur des solutions satisfaisantes pour tous.

Je vous remercie aussi pour votre solidarité avec ceux pour lesquels la sécurité alimentaire n’est pas encore assurée.

Je vous remercie enfin de l’occasion de partager ensemble un moment convivial.

Et je vous souhaite à tous de belles et savoureuses découvertes.


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