Le courage comme source d’énergie et d’équilibre
Fully, 31.07.2025 — Allocution de M. le Conseiller fédéral Guy Parmelin Chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) à l’occasion de la Fête nationale 2025 Fully, le jeudi 31 juillet 2025
Seule la version orale fait foi !
Chères Confédérées, chers Confédérés,
Chers amis valaisans, Chers hôtes de passage, Mesdames et Messieurs, J’apprécie sincèrement de me voir offrir le privilège de m’exprimer ce soir à Fully, sur ce terroir granitique qui rend la Petite Arvine si fine et si élégante, et ses consommateurs robustes et vifs d’esprit.
Je suis heureux que notre Fête nationale favorise l’oecuménisme en offrant à un vigneron vaudois l’occasion de faire l’éloge des vins valaisans et de souligner les vertus ancestrales et nobles du Vieux-Pays, vertus qui sont aussi celles de la Suisse moderne.
Merci donc aux OJ de Fully, au comité d’organisation et aux autorités municipales de leur invitation à me joindre ce soir aux Fulliéraines et aux Fulliérains.
Le discours du 1er août, tout comme celui du 31 juillet d’ailleurs, est un exercice à vrai dire un peu convenu. Il s’agit de partir d’une trame de base, souvent d’un emprunt aux mythes fondateurs de la Suisse, pour exalter des valeurs universelles : le respect, la justice, la responsabilité ou encore la solidarité sont de celles-ci. Guillaume Tell, les trois Confédérés ou encore Winkelried sont, à des titres divers, les principales figures d’incarnation de ces valeurs un 1er août. Prenons ce soir un autre modèle, si vous le voulez bien. Nous sommes à dix minutes d’une église très ancienne, puisqu’elle date – dans sa première édification – de l’an 1276, soit quinze ans avant la date de naissance emblématique de la Confédération suisse. J’apprends que cette église est dédiée à saint Symphorien, qui était un jeune martyr chrétien, exécuté pour avoir refusé de rendre hommage aux idoles païennes de sa ville.
Même si elle a jadis pris place dans un contexte religieux particulièrement fort, cette évocation, Mesdames et Messieurs, ne poursuit évidemment aucun objectif spirituel. Elle fait simplement affleurer une valeur qui complète celles que je viens d’énumérer, une vertu capitale dans nos existences : le courage, dont le philosophe Aristote affirmait qu’il est la première des qualités humaines en garantissant toutes les autres.
Le courage est un état d’esprit qu’il est opportun à mon sens de mettre en exergue le jour même où il est de coutume de conduire une réflexion un peu plus soutenue sur le pays, sur ses fondements et sur son avenir.
Car le 1er Août ne célèbre pas le cor des Alpes ou les lampions, le cervelas ou même la raclette, cette raclette dont on sait désormais que la plus grande du monde est authentiquement et exclusivement valaisanne ! Ce jour célèbre ce qui lui permet d’être un jour de fête, c’est-à-dire ce qui a permis l’avènement de la Suisse, ce qui a assuré au fil du temps sa prospérité, son indépendance et sa cohésion sociale, ce qui enfin est appelé à lui dessiner des lendemains prometteurs.
Vous conviendrez avec moi que notre perception du monde, notre rapport aux réalités du quotidien ont profondément changé depuis quelques années. Un peu d’insouciance s’en est allé avec la pandémie, et les crises qui ont suivi n’ont pas aidé à restaurer la confiance. Depuis le début de cette année, le cours de l’histoire paraît même plus agité que jamais, parfois presque insensé.
Je sais notre population perplexe, déstabilisée par l’observation de ce monde qui évolue, mais sans direction claire. Un monde instable, fragmenté, brutal – disons-le franchement –, dont les soubassements pourtant fiables et résistants s’érodent sous l’effet de l’esprit de domination et des sautes d’humeur de ceux qui ont fait de la planète leur terrain de jeu ou d’expérimentation.
Arrêtons-nous un instant sur les errements de notre époque : la montée des violences, la militarisation galopante, le recul de la coopération internationale et de la démocratie, le renforcement des blocs, l’instabilité et la compétition permanentes, les défis environnementaux et humanitaires, pour ne citer que les principaux tourbillons du moment.
Et notre pays, face à ces turbulences, que devient-il ? Résistera-t-il à la loi du plus fort qui tend à s’imposer à nouveau ?
Certains conçoivent la Suisse comme une coquille de noix ballottée par les eaux du fleuve Monde. Ils se demandent même s’il reste à notre pays quelque marge de manoeuvre.
Mais bien sûr qu’il en reste, Mesdames et Messieurs, car si la fatalité, la résignation ou la soumission devaient nous tenir lieu de lanternes, nous ne serions pas rassemblés ici à Fully en train de célébrer les énergies et les promesses d’un pays qui, depuis l’époque de saint Symphorien, s’est toujours relevé de toutes les difficultés.
Mais ce constat, en soi indubitable, ne doit en aucun cas tenir lieu d’aboutissement. Au contraire : il faut continuer de mobiliser notre courage, non pas pour vaincre la résignation ou même la peur, mais pour continuer d’agir en dépit des tentations de démotivation, d’agir au bon moment et pour une juste cause. La 3 liberté de notre pays, son indépendance, sa démocratie, sa paix sont quelquesunes de ces causes justes, ancrées dans notre Constitution fédérale, et garantes des lendemains prometteurs que j’évoquais à l’instant.
Le courage, au fond, c’est précisément cette source d’énergie qu’évoquait Albert Einstein dans l’une des plus célèbres citations qui lui ait été attribuée : « La vie, disait-il, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre. »
Chers amis, chaque jour, que ce soit en Suisse ou aux quatre coins du monde où mes fonctions me conduisent, je constate que l’image de notre pays est rayonnante. La Suisse est un pays qui inspire la confiance, car le peuple suisse fait preuve de courage et qu’il est, comme le vélo d’Einstein, en situation d’équilibre parce qu’il va toujours de l’avant.
Avancer, c’est un état d’esprit, mais c’est aussi un heureux mélange de bons gènes et d’entraînement. En clair, c’est un travail de longue haleine et beaucoup d’efforts qui ne doivent rien à la chance ni au hasard.
Notre stabilité politique et institutionnelle, notre excellence en matière d’innovation, de formation et de recherche, notre culture de la qualité et du compromis sont autant d’atouts primordiaux qu’il s’agit de cultiver avec courage et conviction. L’importance de cet engagement se vérifie au quotidien, mais il y a des jours, comme celui-ci, où nous pouvons et devons lui donner une dimension encore plus forte, presque sacrée.
En résumé, Mesdames et Messieurs, ne nous trompons pas de priorités, ne bradons pas nos atouts et, semblables à ces vaches d’Hérens qui font la fierté du Valais, ne nous laissons pas marcher sur les sabots !
Je vous remercie de votre écoute.
A toutes et à tous, je souhaite une très belle Fête nationale 2025.
Vive la Suisse, vive le canton du Valais et longue vie à la commune qui nous accueille !